Quand on est un fan démesuré de Dream Theater, de John Petrucci et de Music Man, on ne peut que s’émouvoir lorsqu’arrive sur le marché finalement assez standardisé de la gratte fumante une nouveauté qui réunit ces « ingrédients » pour le moins « musclés ». Magnifique, dessinée comme jamais, sculptée dans le vif d’un sujet toujours aussi brulant, la Majesty n’est pas une guitare de jazz. Elle réunit l’essentiel de ce que peut attendre le soldat du metal : gros son pour l’essentiel mais également humbuckers splittables et surtout piezzo débridé pour des échappées acoustiques dignes d’une Martin (mais sans les cloques au bout des doigts)… Bref, une guitare bien née, à l’image de celui qui la signe, sans le moindre poil qui dépasse (enfin presque…), moderne et imperturbable. On décline tout ça dans ce qui suit, avec, pour je l’espère nombre d’entre vous, un plaisir non dissimulé à la lecture de cet article attendu depuis plus d’un an… Fret-Time reprend du service, enfin !!!!!

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Ce qui frappe en tout premier lieu, c’est l’ergonomie de cette guitare. Elle est belle on l’a dit, mais pas que… Ses formes sont particulièrement étudiées pour épouser celles de son propriétaire et que l’on joue assis ou debout, c’est un modèle d’équilibre. Elle ne bascule pas, ne penche pas du côté de la tête lorsqu’on lâche le manche, pourtant super long, 24 cases, et « serpé » jusqu’en haut car il est conducteur et se passe d’un talon proéminent et toujours gênant pour accéder aux notes hurlantes… Par ailleurs, détail non moins important, la Majesty est légère et ne casse pas le dos, rien à voir avec certaines G….n ou F….r de la vieille école, c’est normal, on est bien dans une autre ère musicale…

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Côté son, les deux humbucker sont un peu « sans surprise ». Je crois d’ailleurs que leur évolution est assez sommaire par rapport à ceux qui équipaient la JP6 de base d’il y a une quinzaine d’années, on ne change pas une équipe qui gagne. Il faut dire qu’avec l’arsenal utilisé par Petrucci en aval, Mesa signature, Axe FX +++ et tout le tralala, on pourrait bien coller du single coil Seymour Duncan vintage à la place des Di Mario, je ne suis pas sûr que ça changerait grand-chose, si ce n’est peut-être un léger « tranchant » qui pour moi manque un peu sur la dotation d’origine. Pour en arriver à ce genre de sons, on peut splitter les doubles, ce qui permet d’aborder une palette de sons un peu différente, notamment pour les arpèges en sons clairs souvent présents dans Dream Theater. Il sera par contre plus compliqué de se préparer des sons plus funk, ce qui est assez logique compte tenu du profil de la gratte, et de son mentor… La Majesty propose également un booster, utilisable quelle que soit la position du sélecteur, micros splittés ou non, option intéressante car elle permet de modifier légèrement l’attaque sans avoir besoin de changer de preset (je parle de ce que vous avez sous les pieds…). C’est particulièrement utile sur les sons blues overdrivés et très très sympa sur le micros neck splitté ou non, surtout si vous jouez bien fort et pouvez donc bien « gérer » le son depuis la guitare…

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Le manche est plutôt fin, vernis, ce qui pour moi n’est pas une qualité (on en reparle un peu plus bas) mais c’est vraiment affaire de goût… J’ai toujours préféré les manches huilés, qui pour mon goût perso proposent un « touché » plus naturel et une plus grande expressivité de la main gauche. Le manche étant conducteur, il eut été difficile de lui appliquer un traitement différent de celui de la caisse (même si ça ne me semble pas forcément complètement impossible à réaliser…). La touche est en ébène, ce qui tend à devenir vraiment rare. Je ne suis pas capable de dire ce que ça apporte en plus côté « son » par rapport au palissandre… Les inserts « DM » font très classe et imposent de ne jamais oublier le « master » John…

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La cerise sur le gâteau…

Pour moi c’est vraiment le piezzo, fabuleux avec une bonne reverb hall réglée assez longue et un brin de delay, monstrueux ! On s’y croirait, sauf que nul besoin de changer de gratte sur scène ou de se meurtrir les phalanges avec des phosphore bronze… On peut garder un phrasé électrique avec un son de folk, c’est magique… Et même aller plus loin en mélangeant le piezzo et les micros classiques pour obtenir toute une palette de sonorités d’une richesse et d’une finesses absolues en son clair sans qu’il soit réellement possible de dire s’il s’agit d’un folk ou d’un électrique. En comparaison avec les simulations de guitare acoustique d’un Roland GR55 ou VG99 (que vous connaissez puisque vous êtes sur Fret-Time…), c’est un peu le jour et la nuit. Le piezzo de la Majesty fait le job avec beaucoup plus de réalisme, une attaque bien meilleure et naturelle… Si j’osais, je dirais presque que cette seule caractéristique vaudrait l’acquisition de cette guitare, même si je suis évidemment parfaitement conscient que ce ne sera pas la raison majeure qui vous poussera au vice, toi qui a une grosse…… barbiche noire et les tifs qui jonchent la moquette en flammes de ton nid infernal surplombant le commun des mortels…

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Côté accastillage, c’est du lourd comme toujours chez Music Man. Rien à dire sur les mécaniques bloquantes qui sont de gros calibre et permettent de maintenir une guitare accordée en toutes circonstances en oubliant le sillet à vis façon Floyd vraiment très ch…. En utilisation quotidienne. Le vibrato bien réglé est sympa même si je ferais deux critiques majeures, qui restent une nouvelle fois très « personnelles » : la tige est vraiment grosse, beaucoup moins « instinctive » que celle d’une Luke ou même que celles de mes Ibanez, et on est très gêné à l’angle du bloc cordes pour poser la main droite, sans doute aussi à cause de la boulimie de la tige… Rien de rédhibitoire évidemment mais voilà………….

………….« Pourquoi j’ai revendu la mienne »….

C’est en tout cas une des raisons… Dans la vidéo qui suit, dans laquelle, contrairement à d’habitude, je ne joue pas beaucoup, mais je cause pas mal, j’ai pris le temps de bien détailler les choses… Car vous l’avez compris, je me suis honteusement séparé de celle que j’ai si longtemps maté, espéré, rêvé… Ma philosophie du « simple et efficace » a eu raison d’elle, d’autant plus que je ne suis pas un collectionneur, seulement un guitariste qui tente aujourd’hui d’aller à l’essentiel et de ne conserver autour de lui que ce qu’il juge strictement nécessaire. Cette conclusion nous conduira à comparer la Majesty avec celle que « JEM » par-dessus tout (et quels que soit son âge et sa version…).

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Cette comparaison en agacera certains et en fera tripper d’autres (que je connais bien…). Elle ne revient absolument pas à comparer Steve Vai et John Petrucci, qui pour moi sont deux ovnis de la gratte chacun à leur façon, virtuoses comme il y en a peu (je parle là d’expressivité et de feeling bien davantage que de technique pure et de rapidité car des missiles sans aucune âme il y en a des centaines de milliers et ceux là ne m’intéressent plus du tout…).

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La comparaison de leurs instruments respectifs est d’ailleurs très intéressante car particulièrement prégnante dans la déclinaison de leur jeu respectif… Pour ce qui me concerne moi, micro utilisateur consciencieux mais très loin du niveau des deux stars, j’ai déjà évoqué l’essentiel : le manche de la Majesty ne me convient pas plus que ça, le vibrato pas vraiment non plus… Le son des Di Marzio ne me transcende pas… Il est vrai que quand commence à aborder des engins à plus de 2500, 3000 balles, les nuances sont parfois subtiles et le choix final tient souvent à pas grand-chose… Des détails me direz vous ? Ouais peut-être mais certains détails font une vraie différence, question d’affinités mais surtout sans doute d’expérience... Avec le temps… J’ai toujours dit que pour moi les vibratos Ibanez étaient les meilleurs… Et je n’en démordrai pas aujourd’hui. Certes, un Edge est plus ch… à régler, et quand on change les cordes on y passe 2 heures mais une fois que c’est fait… On cesse de geindre et on joue toute la nuit sans s’arrêter ! La JEM est plus rustique, plus simple et sur un plan ergonomique, elle est moins aboutie, surtout plus lourde et « physique » à pratiquer mais pour moi c’est une guitare plus « roots » avec le petit supplément d’âme que je n’ai pas retrouvé sur la Majesty. Le manche de la Jem est parfait (encore une fois pour moi…) et pourtant je n’ai mais les mains araignées géantes de Steve, moins accessible en haut que celui de la Majesty mais il n’est pas « peint », vernis juste ce qu’il faut pour que le bois respire en nous, c’est sans doute psychologique mais…… Côté son, évidemment pas de piezzo et là je pleure… Mais les Di Marzio de Steve, leur grain à la fois groovy quand il le faut et teigneux quand on veut, difficile de s’en passer. Par ailleurs, la configuration HSH avec un vrai simple au milieu et un sélecteur 5 positions me semble plus polyvalente que le split de deux humbuckers…

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Que voulez vous c’est comme ça, quand on est vieux, on a des habitudes, mauvaises la plupart du temps, c’est pour ça que les vieux, ça em…… tout le monde, c’est pas mémée qui dira le contraire ! La Majesty est une super gratte, moderne et high tech, conçue aux petits oignons pour un monument du rock métallique que j’écoute tous les jours. Mais passé l’effet silhouette et l’idée de jouer sur l’instrument du gratteux ultime, elle devra correspondre à votre réalité à vous… Pour ce qui me concerne, elle restera dans mon souvenir mais pas dans mon studio, affaire de goût et d’affinités car à ce niveau là, on ne peut être que là-dessus. Si elle vous tente, je ne saurais donc trop vous conseiller de bien l’essayer avant de franchir le pas des 3500 et quelques bouboules qu’il vous faudra débourser, car il est fort possible que dans cette gamme de prix, une guitare moins typée sera plus à même de combler votre irrépressible soif de nouveauté…

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