Au plus profond de cette nuit froide d’avril, une silhouette élancée traversa le parc du château plongé dans un épais brouillard. La lourde porte de chêne ne résista pas longtemps à l’expertise du « Squale », qui connaissait parfaitement les lieux. Passée cette première barrière « trop facile », le capitaine Boulier s’avança méthodiquement en direction de la Music Man Luke II divinement suspendue au mur du grand salon… Un détail attira immédiatement son attention. La bestiole était affublée d’une prothèse en plastoc disgracieuse sur laquelle était gravé un message codé : « Roland GK3 »…

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Mais qui pouvait bien être ce Roland ? De Roncevaux ? Certes non, il pérît en 778 dans la bataille du même nom … Garros ? Non plus, celui-ci fut abattu en plein vol par l’armée Allemande en 1918 dans les Ardennes… Giraud ? Restons sérieux tout de même… Alors qui ?................

Mais c’était bien sûr ! Osaka…….. Ce Roland de nulle part dont le nom d‘usage ne présage pas des origines, nourrissait les rêves de tous les zikos du monde depuis 1972, planqué bien loin de notre civilisation, dont il ne connaissait du reste absolument rien. Qui d‘autre aurait ainsi osé souiller le corps envoûtant de la maîtresse du grand Steve ? Sacrilège… L’information était donc sûre, et il ne pouvait en rester là ! Tremblant, tressaillant même à la seule idée que la belle soit à jamais ensorcelée, le « Squale » s’empara d’elle et disparût dans la pénombre…

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Lorsque le capitaine Boulier tout émoustillé posa son butin sur mon établi, je le rassurai immédiatement : aucun danger pour la bête, Roland ne lui avait pas volé son âme, bien au contraire... Peut-être même lui en avait-il offert plusieurs ! Il n’y eut d’ailleurs qu’à relier la pelle en 6-35 à un Marshall JCM pour le rassurer. L’essentiel était bien là. Quelques accords plus tard, le sourire du capitaine sublima de nouveau son visage policier, et son cœur Gaullien se remit à battre comme avant. Mais alors… Qu’est-ce que c’était-y que ça pouvait bien être que ce machin protubérant « collé » sur la table emblématique de la Luke ?

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Lorsque non sans y avoir mis quelques formes, je lui présentai mon câble GK5 et les 13 broches qui allaient sans doute piquer un peu, les sourcils se froncèrent.

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Il ne m’étrangla pas tout de suite, alors j’en profitai pour réveiller le gros pédalier tout bleu qui gisait là absolument pas par hasard… Lorsque je dégainais quelques nappes de strings/pad du bout d’un mediator pourtant siglé Petrucci, puis un solo de flute de pan et enfin trois ou quatre sweeps de violoncelle, son regard se tendît, mais bizarrement, ses oreilles aussi… Je poursuivis vicieusement avec quelques bells, puis un petit coup de sax et enfin une pincée de Moog dans la monophonie la plus totale. La réaction ne se fit pas attendre, le capitaine m’arracha la guitare des mains et tritura à son tour le bidule codé. Il voulait toucher tout ça de plus près, comprendre où était l’arnaque car il y en avait forcément une…

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Étrangement, le bidule ne brûlait pas, il n’était pas venimeux, ne provoquait aucune allergie et ne transmettait aucun virus, même celui auquel tout le monde pense…

Devenir Rick Wright ou bien Klaus Schulze, alors même qu’on est une vraie quiche au clavier et qu’on a séché tous les cours de musique quand on était en sixième, ça c’est forcément pas possible...

Et pourtant…

Le capitaine passa en revue tous les sons du GR55. Lorsqu’il découvrit qu’après avoir réssucité Rick Wright, il n’était pas impossible de se métamorphoser en Gilmour pour balancer les riffs acoustiques de Wish you were here sans sortir la Martin, ou bien encore de singer Eddie dans Eruption un demi ton en dessous des 440 hz sans toucher aux clés de la guitare, il tomba à la renverse. Je dûs exhumer mes lointains souvenir d’un secourisme premier niveau obtenu en trichant pour le ramener à la vie, une vie bouleversée à jamais, percluse de souvenirs coupables en même temps que jetée irréversiblement aux loups dans un futur inaccessible. Car évidemment, passer en un quart de seconde de la préhistoire à la cinquième dimension n’avait rien d’anodin et plus d’un explorateur y avait laissé son karma…

COSM, comme « cosmique »… Telle était donc cette magie de droit quasi divin, avec laquelle il faudrait désormais composer, dans tous les sens littéraux du terme. Nul doute que cela demanderait encore quelques décennies, et qu’un formatage exagéré de la moelle vibrante qui compose nos encéphales s’avèrerait incontournable…

C’était donc ça… Un extra terrestre nommé Roland avait mué une simple guitare en un orchestre intersidéral… Pour le capitaine Boulier dit « Le squale », il était peut-être temps d’accepter que plus rien ne serait désormais comme avant. Peut-être Jimmy lui-même devrait-il un jour passer aux aveux, car c’était bien à lui que nous devions tous l’émancipation de nos instruments énervés, et tous les sons qui vont avec…

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