Ce n’est pas nouveau, ce n’est pas révolutionnaire, ça demande un peu de temps, beaucoup de patience et c’est un peu plus cher qu’un capteur GK3 mais à la fin, quel bonheur ! La pose du Graphtech Ghost Hexpander sur ma Music Man Luke fut en effet l’occasion pour moi de redécouvrir le Roland GR55 dont je ne me servais plus guère depuis mon passage au Fishman Triple Play. Grave erreur car ce GR reste une bien belle machine. Le Capitaine Boulier avait raison, il y a de quoi repousser très loin l’heure de la sieste…

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Je l’avoue, j’ai longtemps hésité avant d’ouvrir le bide de ma Luke… Cela pour deux raisons : c’est une Music Man quand même, avec électronique active qui plus est, et je l’aime ! Par ailleurs, mon expérience de la Godin Freeway SA équipée Graphtech il y a une dizaine d’années n’avait rien d’engageant. Je vous invite à retrouver l'article que j'avais publié à l'époque...

Godin Freeway SA :

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J’ai tellement hésité que l’ensemble est resté encapsulé dans son emballage plusieurs années après que la société Graphtech, qui m’avait largement sollicité suite à la publication de mes vidéos du GR55 sur Youtube, puis celles du Fishman Triple Play associé au logiciel Omnisphere, m’envoie le matériel…
Je me cantonnais donc timidement à l’utilisation du capteur GK tout en regrettant à chaque utilisation son esthétique « fâcheuse », son installation souvent un brin problématique et surtout ce côté « bidouille/plastoc » un peu aléatoire qui perturbe à juste titre nombre de gratteux.

Le Graphtech Ghost Expander est un kit électronique complet qui suppose le remplacement des pontets du cordier de la guitare.

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Il existe différents modèles de pontets, de différentes dimensions adaptables aux différentes marques/types de guitares/cordiers. Ainsi, la plupart des cordiers type Fender Strat ou Tele sont éligibles, ainsi que les PRS, Parker et même les vibratos Floyd Rose ou Wilkinson, ça c’est très cool ! Par contre, exit Ibanez, dont vous le savez, je suis également très addict… Les trems Edge ou low pro Edge ne sont pas dans la liste, ça c’est moins cool… En dehors de l’installation du Ghost, le remplacement des pontets d‘origine par les Graphtech procurerait un meilleur sustain et permettrait un réglage plus fin et donc plus précis… Je mets au conditionnel car il m’est bien difficile de vérifier cela dans les faits… A noter pour les bassistes, le système existe également pour basse, associé à des pontets spécifiques.
Les pontets Graphtech sont aussi disponibles sans l’électronique associée, ce qui permet aux guitaristes soucieux du moindre détail de « customiser » leur instrument.

Les pontets :

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Au-delà du changement des pontets, l’’installation du Ghost Hexpander nécessite le perçage de la caisse de la guitare pour y loger la prise 13 broches qui accueillera le câble GKC5 relié à un synthé guitare Roland. En cela rien de très différent du GK kit Roland, qui peut aussi représenter une alternative intéressante à l’habituel ensemble GK3 externalisé.

En dehors de l’électronique, le Ghost permet de se passer du capteur GK puisque les capteurs sont intégrés dans « les pontets ». Au demeurant donc, ce qui plaira à beaucoup de guitaristes (moi par exemple…), une guitare équipée du Ghost Hexpander est capable « d’attaquer » un synthé guitare GR sans que rien ne le laisse penser. Esthétiquement, la guitare ne se voit plus affublée du capteur GK ni surtout de l’affreux pad de commandes posé sur la table…

La palette GK « c’est fini » :

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Le montage…

Au départ, je m’étais fixé pour objectif de réaliser l’installation moi-même… J’ai en effet une assez longue expérience du montage/réglage des GK sur un grand nombre de guitares. Deux petits « détails » m’ont assez vite calmé… D’abord, « percer » une Music Man demande une vraie abnégation et un vrai sang-froid… On dira que sur ce seul point précis, j’aurais pu respirer un bon coup et passer à l’acte sans trop trembler.
Je ne m’attendais pas à rencontrer le plus important obstacle au niveau du cordier. En effet, si le seul remplacement des pontets d’origine par les Graphtech ne pose en lui-même aucun problème, le perçage du bloc cordes pour y faire passer les fils reliés à chacun des pontets est une autre paire de manches. Je ne saurais exactement dire en quelle matière le bloc en question est réalisé mais ce que je puis affirmer, c’est qu’aucun des forets même tungstène « genre guerre intergalactique » achetés pour la circonstance ne fut capable de faire le job. Impossible en effet de percer le moindre trou dans ce morceau de « ferraille », qui plus est avec l’extrême précision nécessaire… Le Capitaine Boulier lui-même, n’en revenait pas…
Devant cet échec patent, je décidai de joindre d’urgence mon ami Yves Ghirotto, luthier à Annecy, que ma mésaventure fit au passage bien « marrer »… En grand pro qu’il est, il s’empara du problème et le régla en un quart de seconde avec l’outrancière maîtrise que tous ceux qui l’ont rencontré lui connaissent (je ferai bientôt un article sur le boulot de Yves, il faut absolument que vous connaissiez ce garçon !).

Du même coup, en grand lâche que je suis, je confiai à Yves Ghirotto la totalité du chantier et je ne le regrettai pas car mine de rien, tout cela est un vrai métier. Et d’après ce qu’il m’expliqua, au-delà de ce qui vient déjà d’être dit, le câblage/interfaçage de l’électronique active de la Luke avec les circuits imprimés Graphtech ne fut pas non plus une mince affaire. Bref, voici donc en photos les différentes étapes de ce travail, qui demanda quelques petites heures quand même… à un vrai pro !

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En pratique…

-D’un point de vue strictement esthétique, y a pas photo ! Plus de plaque boutonneuse, plus de micro exubérant scotché ! Je retrouvais ma Luke telle que je l’aime, c’est-à-dire dans sa plus simple expression, mais avec un cœur greffé gros comme ça et sans que personne ne le sache…

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-Sans me poser de questions, sans me demander à quel moment tout ça va se barrer en c…… Je branchais mon câble GK5, exactement comme on le fait avec un jack 6,35 et « hop », j’accédais à tout l’univers GR ou VG… Idem la Godin à une différence (de taille) prêt, c’est une Music Man, et c’est MA Music Man, celle que j’ai choisie, sur laquelle j’aime jouer. C’est donc le système qui s’est adapté à ma guitare et non la guitare que j’ai dû choisir parce qu’elle était équipée du système…

-Je rangeais ma Luke dans son étui sans problème, exactement comme au tout départ, lorsqu’elle n’était qu’une simple guitare, sans me demander comment je vais le fermer, et comment je vais retrouver l’ensemble après avoir crapahuté sur les chemins de pierre de notre bonne vieille France très profonde.

Venons-en maintenant à la question centrale, ou plutôt aux questions, qui titilleront sans doute tous ceux qui ont un jour expérimenté les synthés guitares de Roland : quid du tracking ? Le Graphtech ghost Hexpander installé sur la Luke II permet-il d’améliorer ce point par rapport à l’habituel GK3 ? Et par rapport à l’expérience « Godin » ?

Nous savons tous que l’histoire du tracking sur les guitares synthés a toujours été un problème récurrent, celui sans doute qui a conduit beaucoup d’amateurs du genre à se séparer de leur GR, parce qu’ils le trouvaient juste… injouable. Le Graphtech ne révolutionne pas la question. Le tracking n’est toujours pas 100% parfait mais il est vraiment excellent. Aucune comparaison possible avec ce que j’avais noté sur la Godin Freeway. Il ne décroche quasiment jamais, n’affecte pas la dynamique des modélisations de guitares COSM, n’émet aucun bruit de fond. Les sensations de jeu sont vraiment bonnes. En cela, la Luke représente bien sûr un support de choix, je dirais « de mon choix ». Le fait de pouvoir évoluer sur un instrument auquel on est habitué et qui correspond à ce que l’on aime est assurément un élément décisif.

Par rapport au Roland GK, il faut évidemment revoir le paramétrage sur le GR55, notamment largement « baisser » les niveaux cordes par cordes. C’est sur ce point qu’il faut absolument accepter de passer du temps. Exécuter ce travail de façon « grossière » ne suffit pas, mais ce n’est pas une situation propre au Graphtech, il en va exactement de même pour le GK. J’ai toujours affirmé que les conditions nécessaires au meilleur fonctionnement des synthés GR résident dans les réglages de la machine et dans ceux de l’instrument (intonation, justesse, accordage, hauteur des cordes). Viennent ensuite une certaine adaptation du jeu au type de son PCM que l’on attaque, et une « posture » également adaptée à l’usage d’un instrument qui s’il reste une guitare à proprement parler, ne l’est en définitive, plus seulement…

La vidéo qui suit vous permettra de juger par vous-même de l’efficacité du système. Je me suis attaché à jouer des sons de différents types, synthé PCM avec une attaque lente ou au contraire rapide et modélisations de guitare COSM. J’ajoute que je n’ai rien modifié « après coup », les enregistrements que vous entendrez sont « bruts de bruts ».



Il me semble que le résultat est édifiant… Une expérience particulièrement concluante que je ne regrette pas. Au-delà du système en lui-même, elle m’a en effet permis de « retrouver » le GR55… Un ami de longue date que j’avais pourtant un peu délaissé… Et puisqu’on y est… J’anticipe sur les prochains articles de Fret-Time : l’expérience renouvelée avec le dernier synthé guitare de Roland/Boss, le SY1000, s’avère également bleuffante. Je ne l’ai que depuis quelques jours… Mais il me passionne déjà. Le module ayant clairement évolué sur de nombreux points, dont celui du tracking justement, il ouvre de nouvelles perspectives musicales. Une raison de plus d’être très heureux d’avoir finalement installé ce Graphtech Ghost sur ma guitare… Comme quoi, il ne faut quelquefois pas rester sur une idée, une « expérience » malheureuse. Je suis sur ce point assez convaincu que compte tenu de la complexité des matériels que nous abordons ici, plusieurs tentatives, menées dans différentes conditions, avec différents instruments, sont souvent nécessaires pour s’approprier les choses et en tirer de vraies conclusions.

Petit apparté sur le GR55, auquel je veux rendre hommage…

Les sons du GR55 me semblaient « datés » en comparaison des synthés virtuels pilotés par le Triple Play. En les réécoutant et en les jouant, je m’aperçois qu’à défaut d’être hyper originaux, ils sont intemporels, utilisables dans la plupart des univers musicaux. Dans ce domaine, Roland reste un maître incontesté, combien d’entre nous continuent en effet d’utiliser ou de rechercher les patches vintage d’un JX3P, des Juno ou des D et XP 50… Par ailleurs, n’oublions pas que le GR55 n’est pas « seulement » un synthé guitare… J’avais aussi un peu « mis de côté » les modélisations de guitare COSM déjà présente sur le VG99, « re »grave erreur mon colonel ! Elles demeurent une tuerie assez unique car à ma connaissance, là où les modélisations d’amplis sont devenues une religion chez la plupart des constructeurs, personne ne s’est véritablement intéressé à la modélisation des guitares... Concernant les sons synthés PCM, point important s’il en est, Ils « collent » parfaitement au pilotage via un manche de guitare… Ils sont faciles à jouer, à maîtriser et ne demandent en eux-mêmes que très peu de connaissances en matière de programmation pour en tirer le max. La base est bonne, nul besoin d’un diplôme d’ingénieur pour la modifier, il suffit encore une fois d’un peu de temps et de motivation.

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